« Une victoire, quelle qu’elle soit, soigne bien des maux »: anecdote de Francis, tuteur chez Succès Scolaire

Raphaël, sec V, est un gars timide qui vit dans un rang un peu reculé à Saint-Mathieu, dans une petite maison bien modeste. Le contact n’est pas facilement chaleureux au début. Il fait des maths de sec IV, et il en arrache! Je dois repasser avec lui des notions de fractions et de signes vues en sec I et II. D’une semaine à l’autre, sa motivation semble décrépir et il oublie ce que nous avons vu la semaine d’avant.

Puis, tranquillement, après quelques semaines, une lueur de complicité s’installe lorsqu’on prend un peu plus de temps pour jaser d’autres choses que des maths. L’école, les voyages, le métier de cuisinier (son rêve), les profs, les amis, les faux amis, les gangs, les filles, etc.
Raphaël avait des préoccupations bien plus creuses que les systèmes d’équations linéaires. Cela explique en grande partie son incapacité à réfléchir profondément à un problème.

En maths, il faut se plonger dans le problème comme on entre dans une pièce sombre remplie d’objets étranges. Tranquillement, nos yeux s’habituent à l’obscurité et on reconnaît quelques pièces. On commence par rassembler ce qu’on comprend le mieux, on établit quelques connexions, et on finit par déduire ce que nous allons devoir trouver à la fin du problème, et ensuite, par quel chemin nous allons y arriver. La dernière étape, est de foncer dans le tas, d’utiliser le bon tournevis au bon moment et ne pas douter dans quel sens on visse (manipulations algébriques de bases).

Celà dit, une telle démarche introspective requiert ce que j’appelle un esprit en paix. Le moindre tourment nous empêche de voir clair dans le noir, ou nous fait oublier la science des tournevis, pour poursuivre avec mon analogie.

La solution? Mettre sa vie sur pause pour un instant et arrêter de s’en faire, le temps d’un calcul, ou deux, ou trois … Et je pense que de réaliser qu’on n’est pas le seul à se poser tout plein de questions sur la vie atténue un peu le sentiment d’insécurité.

Puis, il a fallu que Raphaël accepte le fait que ses lacunes les plus profondes en maths remontaient à sa 5 année. C’est dur pour l’orgueil ça. Juin approchait, je devais lui faire comprendre de l’urgence de la situation, sans l’humilier non plus. C’était là un solide défi. S’il coulait ses maths, la confiance en lui tombait au plus bas niveau, et le retard devenait difficile à rattraper.

Une fois sa tête en mode « au diable tout le reste, je fais des maths comme un fou d’ici l’examen final », il a progressé mille fois plus vite et sa compréhension des maths a enfin atteint le niveau de son cahier de notes de cours. Et ses notes étaient claires et bien structurées. Alors, la fin du sprint fut donc la partie la plus facile, ou du moins la partie durant laquelle il était le plus confiant. J’étais absent durant cette période de deux semaines (je commençais à travailler au camp des Débrouillards). Il a dû y arriver seul. Et je ne crois que mon absence ait été une mauvaise chose.

Fin juin, j’apprends, contre toutes attentes, qu’il venait de passer ses maths!

Lui je ne l’oublierai pas. Et je crois que lui non plus. Une victoire, quelle qu’elle soit, soigne bien des maux.

Francis, tuteur chez Succès Scolaire


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