Découvrez Étienne Morel

C’est avec plaisir que nous vous présentons Étienne Morel, dont le parcours semé d’embûches ressemble à plusieurs de ses élèves.

Étienne Morel

Étienne, parle-nous de ton cheminement scolaire.
Dysphasie et trouble du déficit de l’attention (TDA – sans hyperactivité) : voilà le diagnostic que j’ai reçu alors que j’avais seulement quatre ans. Tout le monde connaît le TDA, mais moins la dysphasie, aussi appelée trouble primaire du langage. Elle se manifeste différemment d’une personne à l’autre. Pour ma part, lorsque je voulais parler ou écrire, c’était clair dans ma tête, mais tout se bousculait par la suite. Il en résultait donc des phrases incompréhensibles. Même chose lorsque je lisais : je n’arrivais pas à comprendre l’ordre des mots et la construction des phrases.

Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de nombreuses personnes. J’ai été suivi par une orthophoniste pendant plusieurs années. Au primaire, une accompagnatrice était à mes côtés en classe en tout temps. Par exemple, elle me réexpliquait les consignes lorsque je ne les comprenais pas ou m’aidait à construire mes phrases correctement. J’ai aussi bénéficié des services d’un tuteur tout au long de mon primaire et de mon secondaire.

Et que serai-je sans mes parents ? J’ai pu compter sur leur soutien indéfectible jour après jour, année après année. Ils m’ont donné accès à toutes les ressources dont j’avais besoin. Je suis bien conscient que tous les enfants n’ont pas cette chance. Ils ont aussi passé un nombre incalculable d’heures à m’aider à réaliser mes leçons, mes devoirs et mes travaux. Ils m’ont aussi aidé à développer des stratégies pour mieux vivre avec ma dysphasie et mon TDA.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles tu as dû faire face ?
J’ai eu la chance de réaliser toutes mes études au cheminement régulier. Bien des enfants qui souffrent d’un trouble d’apprentissage sont dans une classe d’adaptation scolaire. Pas moi ! En contrepartie, plusieurs de mes enseignants du primaire ne croyaient pas en moi, en mes chances de réussir « au régulier ». Eh bien, je leur ai prouvé qu’ils avaient tort.

En ce qui concerne ma vie sociale, au primaire, j’avais des amis et tout allait bien. Au secondaire, les choses se sont gâchées. La différence, ça fait peur. En plus, j’avais honte de ma dysphasie et je ne voulais pas en parler. Alors cela ne m’aidait pas à dissiper la peur entourant ma différence.

Nouveau revirement de situation au cégep, où j’ai étudié en Arts, lettres et théâtre. Là, c’en était terminé de la honte. J’ai appris à parler de mes diagnostics. Depuis, je suis entouré d’amis qui m’acceptent et m’aiment pour qui je suis.

 

Tu es la preuve vivante qu’un jeune qui vit avec un trouble d’apprentissage peut réussir.
Tout à fait. Mais pour réussir, j’ai dû travailler beaucoup plus fort que la majorité des élèves. C’est plus difficile, mais c’est possible. Aujourd’hui, j’étudie au baccalauréat en enseignement de l’art dramatique, un domaine que j’adore.

 

Comment en es-tu arrivé à être tuteur ?
Ma copine était tutrice pour Succès Scolaire et m’a encouragé à poser ma candidature. J’étais persuadé que je ne pouvais pas, mais… ç’a fonctionné. La preuve : depuis deux ans, j’aide les jeunes du primaire et du secondaire en français et en anglais.

 

En quoi ton parcours atypique t’aide-t-il ?
Que ce soit un jeune qui vit une difficulté, qui bute sur une notion en particulier, ou un élève qui doit composer avec une déficience langagière, je le comprends. Moi aussi, j’en ai arraché. Moi aussi, je ne comprenais pas du premier coup ou au même rythme que la majorité.

Des tuteurs, j’en ai eu beaucoup. Et ce qui m’énervait, c’était de me faire pousser pour toujours tout finir à temps. Et un jour, en 5e secondaire, j’ai rencontré un tuteur qui m’a dit : « Tu as 10 numéros à faire. Si on a le temps d’en terminer 2 en 1 heure, ce n’est pas grave. Je vais t’expliquer tant que tu n’auras pas compris à 100 %. » Et c’est la philosophie que j’applique au quotidien avec mes élèves. Tout ce que je leur demande, c’est de faire leur possible et de donner le meilleur d’eux-mêmes. Le reste, les notes, n’a aucune importance à mes yeux.


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